Un véritable hold-up

On avait souvent ces séries de houles massives qui arrivaient autour de Noël, rendant les interminables bancs de sable locaux complètement impuissants. De longues lignes puissantes balayaient la région, et à moins d’avoir de l’essence et un jet, il fallait se joindre à la foule sur quelques spots abrités. Si tu avais le temps, tu pouvais prendre la route vers le Pays basque, mais pour ceux qui avaient un boulot ou des enfants, c’était surtout une période de frustration.


Il y avait toujours une lueur d’espoir. Et si tu avais un peu de bouteille, tu savais attendre que la houle retombe, voir si cette fois le sable resterait en place, parfaitement dessiné. J’étais en vacances juste après Noël quand le flat est arrivé, et je suis parti longer la côte. J’ai trouvé des configurations que seuls des artistes pourraient imaginer. Je viens d’un littoral à l’autre bout du monde, où jamais, même dans tes rêves les plus fous, le sable ne se met en place comme ça. Enfin… parfois si, mais sans jamais la longue période pour transformer l’endroit en paradis.


Les options étaient nombreuses, mais j’en ai choisi une et je m’y suis tenu pendant les huit jours suivants, tandis que la température baissait de quelques degrés chaque jour. Quand la dernière étincelle d’énergie a pulsé, j’ai pris la toute dernière vague, haute à la taille, jusqu’au chenal, seul sur le banc, engoncé dans une épaisse combinaison et des gants. Je suis reparti au large pour une dernière, mais le banc s’était éteint avec la marée. Je suis resté là, à grelotter lentement pendant quinze minutes, avant de rentrer.


J’en avais eu le meilleur. Sans m’en rendre compte, je m’étais approprié l’endroit, comme un chiot perdu. J’y suis retourné le lendemain pour lui dire au revoir. La houle et la période allaient le rendre inutile, une nouvelle tempête se préparait. On allait se faire rincer par la pluie, et le sable dériverait vers de nouveaux horizons.


Je retournerais au travail, je marcherais dans le quartier, essayant de conserver un semblant de forme physique, dans l’espoir du prochain hold-up.

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